L'affichage environnemental est-il obligatoire pour les cosmétiques ?

Une trajectoire déjà largement lancée

Depuis le 1er octobre 2025, les marques d'habillement peuvent calculer et publier le coût environnemental de leurs produits sur un portail officiel opéré par l'ADEME. À la mi-2026, près de cent d'entre elles s'y étaient engagées, pour quarante mille produits référencés.

Les cosmétiques, eux, ne font pas partie de cette première phase. Ce n'est pourtant qu'un décalage de calendrier. L'industrie cosmétique figure parmi les secteurs que la loi Climat et Résilience destiné à l'affichage environnemental et que le règlement ESPR rendra éligible au Digital Product Passport (DPP). Les grands acteurs de la beauté en sont conscients et n'attendent pas la réglementation : ils construisent déjà, ensemble, leurs propres systèmes de notation.

Pour la cosmétique, l'affichage environnemental n'est donc plus une hypothèse réglementaire lointaine, mais une trajectoire déjà engagée, portée autant par la norme en préparation que par l'initiative de la filière.

L'affichage environnemental textile entre en application le 1er octobre 2026 en France

Au 1er octobre 2026, l'affichage du coût environnemental pour la filière textile se renforce. Si le principe reste volontaire, deux dispositions changent néanmoins la donne.

La première est liée à la communication environnementale : une marque qui met en avant un score relatif à un ou plusieurs impacts de ses produits, une empreinte carbone ou une part de matière recyclée par exemple, doit désormais communiquer également le coût environnemental officiel, sur le même support.

La seconde, et sans conteste la plus importante, ouvre le calcul à des tiers. Si une marque ne publie pas le coût environnemental de ses produits, un distributeur, une association ou une plateforme de comparaison peut l'établir à partir des données disponibles ou estimées, et le rendre public sans son accord. Jusqu'à cette date, une telle publication par un tiers supposait l'approbation de la marque. Ce ne sera plus le cas.

Ce dispositif fixe également la méthodologie que toutes les marques de textile doivent appliquer pour calculer le coût environnemental de leurs produits. Le décret n° 2025-957 et l'arrêté du 6 septembre 2025 fixent un référentiel unique : la mesure repose sur l'ACV portant sur les seize indicateurs du PEF, complétée de facteurs propres au textile. Le calcul s'effectue au moyen d'Ecobalyse, l'outil mis à disposition par l'ADEME. L'enjeu de cette normalisation est la comparabilité : un score n'a de valeur pour le consommateur que si celui d'une marque se compare à celui d'une autre.

Le Digital Product Passport prépare la traçabilité environnementale à l'échelle européenne

Le dispositif français ne constitue qu'une première couche. La suite se joue à l'échelle européenne, et elle est de nature plus structurelle. Le règlement sur l'écoconception des produits durables, l'ESPR, entré en vigueur le 18 juillet 2024, introduit progressivement le Digital Product Passport : un ensemble de données normalisées attachées à chaque article, portant notamment sur la composition, la performance environnementale, la durabilité et la fin de vie. Là où le coût environnemental français délivre au consommateur un score au moment de l'achat, le passeport numérique fournit les données environnementales du produit dans une forme accessible et vérifiable tout au long de la chaîne de valeur.

Ce passeport se mettra en place par étapes, catégorie par catégorie, au moyen d'actes délégués propres à chaque groupe de produits. Les premiers concernés sont le textile et les familles industrielles comme l'acier, l'électronique ou le mobilier.

Les produits cosmétiques seront concernés dans un second temps. Le règlement a vocation à englober progressivement l'ensemble des biens de consommation mis sur le marché européen. La beauté est de fait totalement concernée. Le calendrier qui la vise reste à définir par acte délégué, mais la direction, elle, est posée : la traçabilité environnementale s'étend secteur par secteur, et la cosmétique s'inscrit dans ce mouvement.

Sans attendre la réglementation, la filière cosmétique s'organise pour mesurer son impact environnemental

Si l'habillement est en train d'ouvrir la voie, la filière cosmétique ne sera pas exemptée. Dès 2021, la loi Climat et Résilience l'a inscrite parmi les quatre familles de produits concernées par l'affichage environnemental, aux côtés du textile, de l'alimentaire et de l'ameublement. La méthode et le calendrier doivent encore être précisés. À cette perspective d'affichage s'ajoute celle du DPP. Le règlement ESPR a vocation à s'appliquer à l'ensemble des biens de consommation.

Les grands acteurs de la beauté ont compris que l'impact environnemental des produits devenait une problématique majeure. Sans y être contraints, ils se sont regroupés pour se doter, dès maintenant, d'outils communs de scoring de leurs produits à destination des consommateurs. Ce n'est pas la réglementation qui les y pousse, puisqu'elle n'est pas encore applicable à la filière. C'est une anticipation volontaire, et c'est précisément ce qui la rend significative.

Deux consortiums ont vu le jour depuis 2021.

Le premier, l'EcoBeautyScore, a été créé sous l'impulsion de L'Oréal, LVMH, Henkel, Natura&Co et Unilever. Il réunit aujourd'hui plus de soixante-dix acteurs du secteur, parmi lesquels les grands groupes mondiaux de la beauté. Désormais constitué en association, l'EBS a développé une méthodologie reposant sur l'ACV et le PEF. Sur ce socle, l'EBS a mené plusieurs années de travaux scientifiques pour l'adapter aux spécificités des produits cosmétiques : la méthode a été conçue par des spécialistes de l'analyse de cycle de vie et des experts du secteur, soumise à l'examen d'un panel indépendant puis à deux consultations publiques successives. Le score obtenu est traduit en une note de A à E qui permet de comparer les produits d'une même catégorie. Quatre catégories sont aujourd'hui couvertes par l'EBS : les shampooings, les après-shampooings, les gels douche et les soins du visage.

Nivea et Garnier ont été parmi les premières marques à le déployer en 2025. L'objectif de l'EBS est d'élargir progressivement le nombre de catégories couvertes.

La seconde démarche, le Green Impact Index, procède d'une autre logique.

Lancée en France en 2021 à l'initiative de Pierre Fabre, elle repose sur un parti pris distinct : évaluer un produit non seulement sur son impact environnemental et sur sa dimension sociétale, dans une approche volontairement holistique. Neuf mois de travaux ont réuni cent vingt participants issus de vingt-six organisations, de la très petite entreprise aux groupes Fabre et Rocher.

Ces travaux ont abouti en 2023 à la publication de l'AFNOR SPEC 2215, un document de référence d'application volontaire, élaboré par consensus entre les parties prenantes. Cette spécification a été étendu aux parfums, aux compléments alimentaires et aux produits de santé familiale et de bien-être. La notation est également restituée selon un score de A à E.

Ces deux démarches différentes convergent pourtant vers un même constat. Sans y être obligée, et sans attendre que la réglementation fixe le cadre, la filière cosmétique se dote des moyens de mesurer et de comparer l'impact environnemental de ses produits. Elle le fait à ses frais, collectivement, et de manière déjà visible pour le consommateur. Un secteur qui construit de tels instruments avant d'y être tenu montre qu'il ne considère pas la mesure environnementale comme une contrainte passagère, mais comme une donnée durable de son activité.

Mesurer son impact aujourd'hui, c'est pouvoir l'améliorer avant d'avoir à l'afficher

Une notation environnementale ne se contente pas d'informer le consommateur. Elle agit sur la demande, puis, par ricochet, sur la façon dont les produits sont conçus.

L'expérience du Nutri-Score, dans l'alimentaire, permet d'en mesurer la portée. Selon une étude NielsenIQ prubliée en mars 2026, adossée aux données de sortie de caisse de la grande distribution et à un panel de vingt mille foyers représentatifs, près de deux consommateurs français sur trois déclarent prêter attention au Nutri-Score lors de leurs achats alimentaires. Le dispositif rejoint ainsi le Label Rouge, cité par 64 % des personnes interrogées, alors que celui-ci existe depuis plus de soixante ans contre moins de dix ans pour le Nutri-Score. Sa notoriété est passée de 14 % en 2019 à 63 % en 2025, soit 49 points gagnés en six ans, là où le Label Rouge en gagnait 14 et le label AB 13 sur la même période. En moins d'une décennie, le Nutri-Score est devenu l'un des repères les plus identifiés du rayon.

Les marques engagées représentent aujourd'hui 63 % des volumes de ventes des produits alimentaires transformés vendus en grandes et moyennes surfaces et dans les circuits spécialisés. Certaines catégories atteignent un niveau d'engagement encore plus important : 93 % pour les céréales du petit déjeuner, 93 % pour les produits transformés à base de pomme de terre, 92 % pour les conserves de fruits, 88 % pour les plats cuisinés surgelés, 85 % pour les produits traiteurs frais et 81 % pour les produits laitiers et desserts frais.

L'effet sur l'achat est documenté. Toujours selon l'étude NielsenIQ, 41 % des consommateurs déclarent que le Nutri-Score influence fortement leurs achats, et 54 % affirment choisir systématiquement, lorsqu'ils ont le choix, le produit qui présente la meilleure note. Aujourd'hui, 71 % des Français sont favorables à sa généralisation. Le consommateur ne se contente plus d'une allégation portée par la marque, il attend une information comparable

Le secteur cosmétique a d'ailleurs déjà éprouvé ce mécanisme. Il y a une dizaine d'années, les applications de décryptage des cosmétiques sont apparues, notant les produits selon des critères que les fabricants n'avaient ni définis, ni validés, à partir des informations figurant sur les emballages. Beaucoup de marques ont découvert la note de leurs produits en même temps que le public, sans avoir eu l'occasion d'en discuter la méthode. Face aux attentes des consommateurs que ces applications mettaient en exergue, de nombreuses marques ont fait évoluer leur charte de formulation.

L'épisode a montré qu'en l'absence d'une évaluation partagée, l'espace est occupé par ceux qui s'en saisissent les premiers. Ce qui s'est joué alors sur la composition des formulesn en matière de santé, ese jouera demain sur leur impact environnemental. A une différence près cette fois : qle cadre de la mesure, est en train d'être construit par la filière elle-même et par le régulateur.

Pour la cosmétique, il s'agit donc moins d'une question d'échéance que d'une question de délai. Un score environnemental se calcule rapidement, une fois la donnée disponible. L'améliorer demande beaucoup plus de temps. Reformuler, revoir un emballage ou modifier un procédé engage des cycles de développement, des tests de stabilité, des validations réglementaires et des arbitrages industriels qui demandent du temps. Une marque qui découvrirait la performance de son portefeuille au moment où l'affichage devient exigible n'aurait plus le temps d'agir dessus. Elle afficherait ce qu'elle a, sans latitude pour le changer.

C'est ce décalage entre le temps de la mesure et le temps de la conception qui donne son intérêt à l'anticipation. Mesurer aujourd'hui ne consiste pas à devancer une obligation qui n'est pas encore écrite, mais à savoir, produit par produit, où se situent réellement les impacts, quels postes pèsent le plus lourd, et lesquels peuvent être améliorés à un coût acceptable. Cette connaissance est la condition de l'écoconception, car on ne réduit efficacement que ce que l'on a mesuré. 

Cette anticipation suppose de structurer sa démarche à l'échelle d'un portefeuille entier et non de quelques références emblématiques. Pendant des décennies, les entreprises ont conçu leurs produits avant de mesurer leur impact. Demain, la mesure fera partie de la conception elle-même.

Les marques qui disposeront de données environnementales fiables pourront arbitrer leurs formules, leurs emballages, leurs approvisionnements et leurs allégations avec davantage de précision. Les autres devront subir des exigences qu'elles n'auront pas anticipées.

Au fond, l'affichage environnemental n'est pas une fin en soi. Il est l'illustration d'une transformation plus profonde : l'impact environnemental deviendra progressivement une donnée de pilotage de l'entreprise, au même titre que le coût, la qualité ou la performance produit.

Questions fréquentes

L'affichage environnemental est-il obligatoire pour les produits cosmétiques ?

Non. À ce jour, aucune obligation d'affichage environnemental ne s'applique aux produits cosmétiques. Le secteur figure parmi les quatre familles de produits désignées par la loi Climat et Résilience de 2021, aux côtés du textile, de l'alimentaire et de l'ameublement, mais ni la méthode de calcul ni le calendrier d'application ne sont arrêtés.

Que change le 1er octobre 2026 pour les marques de textile ?

Deux règles jusque-là transitoires prennent leur pleine portée. Une marque qui communique un argument environnemental sur ses produits doit désormais afficher également le coût environnemental officiel sur le même support. Et si une marque ne publie pas ce coût, un tiers peut l'établir à partir des données disponibles ou estimées et le rendre public sans son accord.

Qu'est-ce que l'EcoBeautyScore ?

C'est un système commun d'évaluation environnementale des produits cosmétiques, développé par un consortium créé en 2021 sous l'impulsion de grands groupes de la beauté et réunissant aujourd'hui plus de soixante-dix acteurs. Fondé sur l'analyse de cycle de vie et la méthode européenne d'empreinte environnementale, il traduit l'impact d'un produit en une note de A à E permettant de comparer les références d'une même catégorie.

Qu'est-ce que le Green Impact Index ?

C'est une démarche de notation environnementale et sociétale née en France en 2021 à l'initiative de Pierre Fabre, élargie ensuite en consortium. Elle a débouché sur l'AFNOR SPEC 2215, une spécification de référence pour l'affichage de l'impact environnemental et sociétal, ouverte aux entreprises de toutes tailles.

Les produits cosmétiques seront-ils concernés par le passeport numérique de produit ?

Oui, dans un second temps. Le règlement européen sur l'écoconception des produits durables, entré en vigueur en juillet 2024, a vocation à couvrir progressivement l'ensemble des biens mis sur le marché européen. Les premières catégories visées sont le textile et des familles industrielles ; aucun acte délégué ni aucune date ne concerne encore la cosmétique.

Pourquoi mesurer l'impact environnemental de ses produits avant d'y être obligé ?

Parce qu'un score se calcule rapidement une fois la donnée disponible, alors que l'améliorer demande des cycles de reformulation, de tests et de validation qui se comptent en années. Anticiper la mesure permet d'identifier les postes d'impact les plus lourds et d'agir dessus avant que le score ne devienne public.

Sources

Décret n° 2025-957 du 6 septembre 2025 relatif aux modalités de calcul et de communication du coût environnemental des produits textiles, Légifrance

https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000052212871

Arrêté du 6 septembre 2025 relatif à la signalétique et à la méthodologie de calcul du coût environnemental des produits textiles d'habillement, Légifrance

https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000052213047

Ministère de la Transition écologique, lancement de l'affichage du coût environnemental

https://www.ecologie.gouv.fr/presse/mode-durable-laffichage-du-cout-environnemental-vetements-est-lance-partir-du-1er-octobre

Notice méthodologique pour le calcul du coût environnemental, Ecobalyse

https://affichage-environnemental.ecobalyse.beta.gouv.fr/notice-reglementaire.pdf

Règlement (UE) 2024/1781 établissant un cadre pour la fixation d'exigences en matière d'écoconception pour des produits durables, EUR-Lex

https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/1781/oj?locale=fr

Synthèse officielle du règlement, EUR-Lex

https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=LEGISSUM:4761760

EcoBeautyScore, méthodologie publique

https://www.ecobeautyscore.com/app/uploads/2025/07/EBS-Simplified-Methodology_FOR-USE-BY-BRANDS.pdf

EcoBeautyScore, communiqué de lancement de l'outil

https://www.ecobeautyscore.com/app/uploads/2025/03/ENG-EcoBeautyScore-press-release-Mar-2025-VF.pdf

Green Impact Index, site officiel

https://www.greenimpactindex.com/

Pierre Fabre, publication de l'AFNOR SPEC 2215

https://www.pierre-fabre.com/fr/article/green-impact-index-afnor-spec-2215-impact-environnemental

AFNOR SPEC 2215, fiche du document de référence

https://www.boutique.afnor.org/fr-fr/norme/afnor-spec-2215/affichage-de-limpact-environnemental-et-societal-des-produits-cosmetiques-d/fa205627/347951

Nutri-Score, tout comprendre de A à E, INRAE

https://www.inrae.fr/actualites/nutri-score

Le Nutri-Score a conduit les industriels à revoir leurs recettes, France Inter

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/l-info-de-france-inter-6408559

Étude NielsenIQ sur la perception et l'influence du Nutri-Score

https://nutriscore.blog/2026/03/24/une-etude-de-nielseniq-fournit-des-informations-sur-la-facon-dont-nutri-score-est-percu-et-influence-les-achats-alimentaires-des-consommateurs/

Bilan Oqali 2025 du déploiement du Nutri-Score, INRAE

https://www.inrae.fr/actualites/nutri-score-leger-desengagement-mobilisation-renforcer-marques-nationales

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